Cette rubrique vous donne la parole à vous, amis des animaux et qui possédez un ou plusieurs compagnons. Cette espace sert à partager des passions pour une espèce mais aussi faire découvrir comment en prendre correctement soin.
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Dans cet article, je laisse la parole à Octavie.
Bonjour,
Et merci à Dark Maman pour l’invitation.
De quel animal vas-tu nous parler ?
Je vais parler de crevettes d’eau douce, et plus précisément de Neocaridina heteropoda var. Red, plus connues sous le nom poétique de red cherry, et de Caridina multidentata encore couramment appelées par leur ancien nom japonica.
Comment est venu ton intérêt pour ces crevettes d’eau douce ?
En fait, c’est un peu bête à dire, mais si je trouvais les crevettes assez jolies et amusantes, il y a quelques années, il ne me serait pas vraiment venu à l’esprit de leur consacrer un aquarium spécifique. Je les voyais plus comme des animaux à ajouter à un aquarium de poissons compatibles pour en diversifier la population et participer à l’entretien des aquariums. Certains adoptent souvent à tort des « poissons laveurs » ou des escargots pour l’entretien, mais rien n’est plus efficace qu’un banc de crevettes !
Qu’est-ce qui t’a décidé à en avoir ?
C’est exactement cela qui m’a décidé à en acheter au début. J’avais deux aquariums avec chacun un joli combattant (Betta splendens), dont l’eau était bien stable mais dont je n’arrivais pas à me débarrasser totalement des algues qui poussaient sur les parois et les plantes. J’ai donc pensé à des crevettes qui sont en grande partie alguivores et détritivores. J’ai commencé par acheter 3 japonica pour le plus grand de mes aquariums, celui où il y avait le plus de problèmes d’algues vertes. Je n’ai absolument pas regretté ce choix ! En effet, lorsque je les ai introduites dans l’aquarium, je n’avais pas vraiment d’algues parce que l’aquarium avait été nettoyé récemment, mais il y avait tout de même un joli film d’algues sur les feuilles des plantes (des Anubias). Après avoir introduit les crevettes, et les avoir vu nager un peu, elles ont entrepris le ménage, en se posant sur les feuilles et en attrapant les algues avec leur mini-pinces pour les porter à leur bouche. Une heure après à peine, l’une des feuilles de la plante était impeccablement glabre ! C’était incroyable, et je dois dire que n’ai pas été déçue du spectacle de ces crevettes dont l’observation est tout à fait divertissante. Par la suite, j’ai acheté 5 red cherry pour mon deuxième aquarium plus petit, et quelques japonica de plus pour le premier. Elles font encore aujourd’hui un très bon travail de nettoyage sur les plantes, mais aussi sur les parois des aquariums au besoin ce qui permet de bien les voir. J’adore !
Puis mes combattants sont morts à quelques mois d’intervalle, l’un vieux après de longues années de fidèle compagnie, l’autre suite à une maladie (une pensée pour eux…) Je pensais en reprendre à l’occasion quand j’en trouverais pour lesquels j’aurais le coup de cœur… mais j’ai eu la surprise de voir apparaître plein de bébés red cherry dans le petit aquarium. Du coup, j’en suis restée à des aquariums spécifiques de crevettes et j’en suis ravie. En réalité, ces crevettes cohabitent bien avec des espèces « pacifiques » de poissons (c’est un peu ironique comme terme vu que je parle de combattants, j’en conviens…) sachant qu’elles n’ont pas de grosses pinces susceptibles d’abîmer les poissons. Cependant, la présence d’autres espèces dans l’aquarium stresse un peu les crevettes qui du coup ne se reproduisent pas trop, et s’il y a malgré tout des larves (qui sont en fait des mini-crevettes tout à fait semblables aux adultes), elles sont peut-être assez petites pour être rapidement mangées par des poissons voraces, ce qui compromet davantage la reproduction. Je dirais donc que pour avoir des crevettes en entretien ou en divertissement additionnel, un bac mixte avec des poissons convient dés lors qu’il y a un substrat où les crevettes peuvent fouir, et des cachettes surtout. Ici, j’ai selon les aquariums Vesicularia (mousse de Java) Anubias et Aegagropila (boule anti-nitrate), ainsi que des bambous, papyrus et Dracaena palustres qui dépassent de l’eau. En revanche, pour avoir de la reproduction, mieux vaut un bac spécifique dévolu à ces crevettes red cherry. Parce qu’en effet, ce n’est valable pour les red cherry, et pas pour les japonica. Il est impossible d’avoir de la repro chez les japonica dans un seul bac d’eau douce, parce que les larves nécessitent une eau saumâtre jusqu’à leur métamorphose. Je pense donc que si j’ai un coup de cœur, je reprendrais peut-être un combattant pour mon grand aquarium, surtout maintenant que mes crevettes sont devenues bien grosses (environ 4 cm) et ne risqueraient vraiment rien même d’un combattant un peu trop combatif. Mes red cherry resteront seules, enfin pas vraiment seules parce qu’il y a quelques planorbes avec elles !
Combien as-tu dépensé (crevette et matériel) ?
Ces crevettes coûtent assez cher en animalerie/jardinerie, en général le même prix qu’un poisson japonais, dans les 4 euros. C’est pourquoi je n’en ai pris que 3 au début, ce qui n’était pas nécessairement malin. Ces crevettes sont grégaires et je pense que l’idéal est de les acheter par 5 à 8, voire 8 à 10 pour être sûr qu’il en reste après même si toutes ne survivent pas à leur acclimatation. Cela fait une jolie somme à débourser, mais je vous assure que c’est très divertissant à regarder, et d’une efficacité redoutable pour l’entretien de l’aquarium… sans compter que ce sont vraiment des crevettes dont le maintien est simple. Pour le matériel, je n’ai rien dépensé parce que mon grand aquarium filtré (25 litres) m’a été offert et mon autre petit aquarium (10 litres) a été récupéré. J’ai tout de même acheté quelques plantes en plus, chez un particulier et en jardinerie (je dirais 15 euros pour les deux aquarium), sachant que les plantes palustres sont des boutures, hormis les bambous qui ne coûtent qu’un ou deux euros en grande surface (éventuellement suédoise) et jusqu’à 3 euros en jardinerie.
Du reste, les crevettes sont alguivores et détritivores et trouvent donc facilement de quoi se nourrir dans un quelconque aquarium planté. Toutefois, pour éviter les carences, il faut compléter par un apport de nourriture régulier, comme des morceaux de fruits et légumes, mais ce n’est pas ce qui coûte le plus cher ! Les japonica sont aussi un peu carnivores, alors des aliments pour poisson de temps en temps sont un bon ajout. Elles sont surtout charognardes, ce qui fait d’elles d’excellents agents d’entretien d’aquarium, même en cas de décès d’un poisson, d’une autre crevette ou d’un escargot ! Par contre, beaucoup d’éleveurs sur le net évoquent le fait que les crevettes peuvent mourir de suralimentation, alors il faut éviter d’ajouter de la nourriture trop souvent. Ici, je n’ai constaté aucun soucis de ce genre, mais je ne les nourris pas tous les jours, loin de là, plutôt une à deux fois par semaine. L’avantage d’ailleurs des crevettes est qu’elles vivent bien une ou deux semaine seules, en cas de vacances par exemple, ce qui est très confortable.
As-tu reçu des conseils lors de cette acquisition ?
Pas vraiment, mais j’ai lu des fiches d’élevage sur internet. Toutes ne sont pas parfaites, mais en en lisant plusieurs (y compris sur des sites anglophones), et en faisant des recoupements, il devient facile d’obtenir une information complète avant de se lancer dans l’achat d’un animal. C’est pourquoi j’invite tout le monde à faire cette démarche. Sinon, pensez aussi que la plupart des animaleries et jardineries ont des livres sur les différents animaux qu’ils proposent (idem pour les plantes d’ailleurs), ce qui permet en les feuilletant (à défaut de les acheter) de se faire une meilleure idée des besoins de l’animal que l’on s’apprête à acheter.
Comment s’est passée l’installation de son espace chez toi ?
Facilement, il y a toujours eu de la place chez moi pour les aquariums et terrariums en tous genres, même dans mes anciens appartements très petits. En l’occurrence comme dit plus haut, les aquariums ont précédé les crevettes que je n’ai eu qu’à ajouter ces dernières dans les aquariums déjà en place. Je dis cela comme si c’était dérisoire, mais il n’en est rien : Ces crevettes sont assez sensibles aux variations de températures et aux variations osmotiques ; il convient donc de les acclimater très progressivement. Certains éleveurs suggèrent même de faire du goutte-à-goutte ! Je dois dire que j’ai perdu deux red cherry les jours qui ont suivi leur installation, de sorte que je n’en ai plus eu que trois, probablement à cause d’une installation trop brusque. Leur faible nombre ne les a pas empêché de faire plein de bébés par la suite fort heureusement !

Comment s’occupe t-on de cet animal ?
En général, le plus important en aquariophilie, c’est le volume et les paramètres de l’eau, mais je dirais que ce n’est pas un problème pour ces crevettes qui sont vraiment très robustes et dont les besoins sont facilement comblés.
L’eau doit être à pH 6,5 à 7,5 (voire 8 selon les sources) et GH 4-15, des paramètres relativement simples à stabiliser. Quant à la température, l’idéal est entre 22 et 28°C, mais ces crevettes s’acclimatent très bien à des températures allant de 15 à 30°C et donc aux températures ambiantes de nos contrées, pour peu que leur acclimatation soit progressive comme évoqué plus haut. Les miennes sont à température ambiante depuis plusieurs années et je n’ai eu aucun soucis jusqu’à présent.
Quant au volume, il faut qu’il soit suffisant pour les japonica qui sont de grandes crevettes de 3 à 6 cm, avec un grand minimum (euh… un petit minimum?) de 20-25 litres pour 5-6 individus ; l’idéal serait au moins 30 litres, et évidemment, plus elles sont nombreuses, plus il faut un grand volume (dans la nature, elles peuvent vivre en grands bancs de plus de 100 crevettes !) En revanche, pour les red cherry, le volume peut être plus petit, ce sont des crevettes qui s’adaptent bien aux nano-aquariums, et peuvent très bien se plaire et s’épanouir dans 10 litres. C’est le cas des miennes. Évidemment, plus grand, ce serait mieux, mais il y a un moyen très simple d’évaluer le bien-être des red cherry : les mâles sont relativement transparents avec des petites tâches rouges qui leur donnent un aspect un peu rosé, mais les femelles sont quant à elles bien rouges (pour une fois, ce sont les femelles les plus colorées, ça change des libellules, des lézards, des oiseaux…). Or, l’intensité de leur coloration témoigne de leur bien-être, avec des crevettes bien rouges très épanouies, et des crevettes ternes et transparentes voire grisâtres plutôt mal installées. Mes femelles sont d’un joli rouge bordeaux, alors je ne m’en fais pas pour mes crevettes ! Et le fait qu’elles se reproduisent est très bon signe. A noter d’ailleurs que ce sont des crevettes qui auto-régulent leur population, ce qui veut dire qu’elles limitent leur reproduction lorsqu’elles sentent leur espace trop restreint pour agrandir leur colonie. Ainsi, il est donc recommandé de retirer régulièrement quelques crevettes pour favoriser la reproduction et permettre l’apparition de nouvelles petites crevettes jeunes. C’est pour cela que l’on trouve « facilement » ce genre de crevettes sur les forums d’aquariophilie et les sites de petites annonces quand des éleveurs se séparent d’une partie de leurs effectifs. Cela permet donc de trouver des crevettes à bas prix par ce biais plutôt qu’en animalerie.
Bref, vous l’aurez compris, le maintien de ces crevettes est simple, surtout pour les red cherry qui se reproduisent facilement, une fois le bon volumes et les bons paramètres de l’eau. Il y a quand-même quelques petites choses à leur apporter en plus pour garantir leur bien-être, et si vous avez été bien attentif, vous avez dû le lire entre les lignes. Il leur faut avant toute chose des copines, ce sont des animaux grégaires, et le minimum est un groupe de 5 individus, mais plus il y en a, plus elles seront bien, dés lors que le volume est adapté à leur nombre. Ensuite, il faut un substrat parce qu’elles aiment creuser un peu, retourner le sable, etc. Il y a d’ailleurs une petite galerie dans le substrat qui est bien visible au travers de la vitre de mon aquarium de red cherry ! Et évidemment, il faut des plantes, et c’est d’autant plus crucial si l’aquarium est multi-spécifique pour qu’elles puissent se cacher. A noter que lorsqu’elles sont seules dans l’aquarium, elles sont plus promptes à quitter le fond de l’aquarium pour nager entre deux eaux et en surface et animer ainsi davantage l’aquarium, ce qu’elles osent moins en présence d’autres espèces.
Quels conseils pourrais-tu donner aux personnes qui souhaiteraient avoir le même animal ?
Je dirais que les red cherry sont un bon choix pour un débutant en crustacés, dés lors qu’elles sont plusieurs et que leur environnement présente bien tous les éléments essentiel à leur bien être, même dans un petit volume. L’idéal est de commencer avec 5-6 crevettes en veillant bien à prendre des mâles et des femelles si l’on veut de la repro, avec donc 2 grosses crevettes bien rouges et des petites crevettes transparentes ou rosées plus petite (3-4 sachant que parmi ces crevettes il y a sans doute des mâles, mais peut-être aussi de jeunes femelles encore petite et mal colorées). Ensuite, il faut bien les acclimater progressivement quitte à le faire millilitre par millilitre (je pense que c’est une transition trop brutale qui m’a valu de perdre 2 red cherry au tout début), et il en va de même pour les changements d’eau par la suite. Enfin, la plupart des espèces de crevettes d’eau douce peuvent cohabiter entre elles (notamment les deux espèces présentées ici), mais il leur faut dans ce cas un espace suffisant pour éviter les compétitions inter-spécifiques. Il faut noter aussi qu’il existe différentes variétés de crevettes qui peuvent s’accoupler entre elles, en particulier les var. red (red cherry) et var. green de Neocaridina heteropoda. Les faire cohabiter n’est donc pas une bonne idée parce qu’elles risquent de s’accoupler, ce qui à terme donnera des hybrides ni rouges ni verts, sans doute gris ou bruns.
J’espère que ce petit descriptif de mon histoire crustacée vous aura convaincus que les crevettes sont des petits animaux charmants et tout à fait divertissants et intéressants à observer, qui suffisent à animer un aquarium même dépourvu de poissons, contrairement à mes idées reçues initiales, que je sais partagées par beaucoup de gens.
Merci encore à Dark Maman de m’avoir prêté son clavier.








3 commentaires
Maman Plume
9 mai 2012 à 8 h 58 min (UTC 2) Lier vers ce commentaire
Merci pour cet interview intéressante. Je ne savais pas du tout que les crevettes pouvaient aussi « nettoyer » l’aquarium…
Je le garde en mémoire, pour les détenteurs d’aquarium!
blandine
9 mai 2012 à 10 h 16 min (UTC 2) Lier vers ce commentaire
article très intéressant et très complet ! J’y ai appris plein de choses!
Octavie
17 mai 2012 à 21 h 18 min (UTC 2) Lier vers ce commentaire
Merci pour vos gentils commentaires, je suis contente que cela vous ait intéressés.
J’en profite pour ajouter que les crevettes muent régulièrement, évidemment au fur et à mesure que les larves grandissent et tendent vers l’âge adulte, mais aussi à l’âge adulte. C’est un phénomène parfaitement normal mais qui peut être influencé notamment par les changements d’eau et autres stress et contraintes du style (d’où les fréquentes mues suite à l’installation de crevettes récemment acquises)… L’ancienne cuticule laissée par la crevette derrière elle après sa mue est appelée exuvie et ressemble à une crevette vide, transparente à blanche, à ne pas confondre avec un cadavre de crevette. Il n’est pas utile de l’enlever de l’aquarium : les crevettes peuvent les manger, ce qui leur donne des nutriments pour consolider leur cuticule et préparer les mues à venir. Il est à noter que lorsque l’eau des crevettes est trop douce, il peut être difficile pour elles de constituer leur nouvelle cuticule en vue de leur mue. Dans ce cas, certains conseillent de faire bouillir de l’os de seiche et de le placer dans l’eau (ou dans le filtre). Je n’ai pas testé, alors je ne peux pas garantir que ce soit utile.
Bonne soirée,
Octavie.